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Introduction à la discussion sur les retraites lors de la réunion du 30 janvier 2003 |
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Le financement des retraites donne lieu à une nouvelle campagne de désinformation. Patronat, politiciens de tous bords, médias se succèdent pour persuader les salariés d’accepter un maximum de sacrifices. C’est d’autant plus choquant que bien de retraités sont bien loin d'avoir une retraite dorée et surtout parce que le soi-disant problème du financement des retraites n’est que la transposition dans le domaine particulier des cotisations sociales de la politique de réduction des coûts voulue par le patronat.
Le prétexte de la démographie …
Des discours alarmistes sur le vieillissement de la population depuis quelques décennies et la projection de cette évolution dans le futur tentent de donner un aspect indiscutable à la remise en cause actuelle. Oui, c'est un fait, on vit de plus en plus vieux et cela devrait heureusement continuer. Eh alors ! Quoi de plus normal ! L'allongement de la durée de vie, est une chance pour chacun d’entre nous mais aussi une richesse sociale importante pour toute la société. Pourquoi cela devrait-il devenir facteur d'appauvrissement pour le plus grand nombre ? Il n’y a aucune raison à cela. Bien que les détracteurs du système de retraites actuel ne savent pas prévoir sérieusement dans quel état sera l'économie dans un an, ils nous exposent doctement les problèmes des retraites en 2040. Il n’y a qu’à comparer, aujourd’hui, les déclarations des «experts » d’il y a 40 ans avec la réalité que nous connaissons pour voir ce que valent de telles spéculations. Néanmoins, pour eux, la baisse des naissances, la diminution du nombre de personnes en âge de travailler donc des actifs susceptibles de payer les cotisations, empêcheraient le système dit "par répartition" de fonctionner. S'ils s’abritent derrière des projections démographiques entachées d'incertitude, c'est pour donner, en premier lieu, un vernis d’authenticité à leurs discours mais surtout pour négliger, volontairement, d’autres facteurs bien plus déterminants qui entrent en ligne de compte.
… pour masquer les vrais rapports
Parce que le problème des retraites avant d’être un problème démographique est avant tout un problème économique. Parce que le poids des retraites sur les actifs dépend avant tout de la situation des actifs. Ont-ils du travail ? Sont-ils chômeurs ? Ont-ils des salaires qui leur permettent de payer de bonnes retraites ou pas ? Voilà les vraies questions ! L’incidence de l'augmentation du nombre des retraités par rapport aux actifs dans les 40 prochaines années est estimée à 4 ou 6 % du PIB, soit moitié moins qu'au cours de ces 50 dernières années. Autant dire que cela n'aura rien de dramatique. Et si l'on considère que la production et la productivité continuent de croître de 2 % par an comme aujourd’hui, dans 40 ans, un actif produira plus du double d’aujourd'hui alors que le nombre de retraités n'aura même pas doublé. Ainsi, au lieu de s'aggraver, ces gains de productivité permettraient une amélioration de la situation. On est loin de la vision apocalyptique qui nous est servie. La vraie question est de savoir qui profitera des nouvelles richesses produites et des gains de productivité. Car dans tout problème économique, ce qui prime ’est le rapport de force entre le patronat et les salariés. Pour en bénéficier les salariés n’ont d’autre choix que de modifier, en leur faveur, la situation sociale actuelle. D’ailleurs les statistiques officielles confirment, elles aussi à leur manière, cette impérieuse nécessite car depuis le début de la crise, la part des salaires dans la valeur ajoutée ne cesse de diminuer alors que parallèlement les profits explosent Et c'est pour poursuivre dans ce sens que le patronat et les gouvernements successifs n’envisagent que des mesures où seuls les salariés sont impliqués. Que ce soit l'allongement de la durée des cotisations, le retour à l'âge de la retraite à 65 ans voire pire, et la diminution du montant des pensions.
Diviser pour régner
Pour y arriver, ils jouent la carte de la peur de l'avenir, de la division entre actifs, retraités et entre secteur public et secteur privé. Depuis plus de 30 ans, ce sont toujours les mêmes vieilles ficelles qui sont utilisées. A commencer par le véritable mensonge que constitue l’affirmation selon laquelle les salariés du public seraient des privilégiés que démentent tous les chiffres officiels. Premièrement, les pensions du secteur public sont calculées sans tenir compte des primes qui constituent une part importante de leur rémunération. Ces pensions varient entre 55 et 72 % du dernier salaire … à l'identique d'un salarié du privé. Deuxièmement, la pension est plus élevée dans le secteur privé pour les petits salaires. Troisièmement, dans sa comparaison, le MEDEF compare les retraites de base et oublie volontairement d’intégrer le montant de la retraite complémentaire que perçoivent tous les salariés du privé car cela démontrerait le contraire de ce qu’il prétend. Quatrièmement, lorsque e MEDEF affirme que le montant des retraites du public est plus élevé que dans le privé, il oublie encore volontairement de préciser que c’est parce que la moitié des agents publics de l’Etat et des régimes spéciaux (mines, EDF, SNCF,..) a le statut cadre contre 20% dans le privé. Cinquièmement, lorsque le MEDEF affirme que les retraites du secteur public sont mieux revalorisées que celles du privé ; il ment. L’observatoire des retraite, d’ailleurs présidé par un représentant du MEDEF, montre que le pouvoir d’achat a augmenté de 0,2% pour le privé contre 0,1% pour le public en moyenne par an entre 1995 et 1999. Sixièmement, l’âge de cessation d’activité professionnelle est le même en moyenne entre le privé et le public ; c’est-à-dire entre 57 et 58 ans.
Calomnier, calomnier, il en restera toujours quelque chose dit l’adage populaire et le discours du MEDEF.
Une brève histoire des retraites :
Il n’est pas inutile de revenir sur l’histoire récente des régimes de retraites pour voir que les véritables raisons de la remise en cause actuelle n’ont rien à voir avec la justice sociale mais qu’il s’agit uniquement d’une volonté d’économie du patronat. Sans remonter trop loin dans le temps, indiquons qu’après la seconde guerre mondiale la sécurité sociale institua le système de retraite dit par « répartition ». Ce qui, dans cette période de forte inflation, permettait l’utilisation immédiate des cotisations des actifs pour verser les pensions aux retraités du moment. La retraite des actifs étant payée par les cotisations des salariés à venir. Le départ à taux plein était fixé à 65 ans avec une pension de 40 % du salaire basé sur les dix dernières années à condition d'avoir cotisé 120 trimestres. En 1956, pour assurer un minimum vieillesse à toute personne de plus de 65 ans, le Fonds national de solidarité est créé. Aujourd'hui, près d'une femme retraitée sur 2 le touche et doit se contenter de 3755 FF (570 EUR) pour vivre par mois. Au début des années 70, la durée de cotisation s’allonge à 150 trimestres. Le montant de la pension est basé sur les dix meilleures années soit 50 % du salaire de référence. Une légère amélioration ne peut masquer néanmoins le fait qu'à cette époque 30 % des retraités vivent au-dessous du seuil de pauvreté. Le 1er janvier 1973, le gouvernement rend l'affiliation aux retraites complémentaires obligatoires car seule l’affiliation à des caisses de retraite complémentaire permet d’obtenir une retraite décente. Elles seront regroupées plus tard dans l'ARRCO ou l’AGIRC pour les cadres. Le développement rapide du chômage va peser lourdement sur le financement de la sécurité sociale. Durant les années 80, les gouvernements changent encore les règles. Les pensions deviennent plus faibles, les montants et la durée de cotisation augmentent alors que des dégrèvements de charges sociales sous de multiples prétextes constituant autant de manque à gagner pour les régimes de retraite sont accordés au patronat. En 1991, le fameux livre blanc sur les retraites du gouvernement Rocard prépare le terrain en préconisant l'allongement de la durée de cotisation pour une retraite à taux plein et un élargissement de la période de référence. Le gouvernement se déclarant même en faveur de la création de fonds de pension dans les entreprises. Puis la création de la CSG, cet impôt censé compléter les cotisations sociales et destinées à s’y substituer réduisait l'obligation du patronat de verser un salaire différé sous forme de cotisation sociale. En 1993, la loi du 22 juillet augmente progressivement le nombre de trimestres nécessaires pour une pension complète de 150 à 160 trimestres entre le 1er janvier 1994 et le 1er janvier 2003 et augmente progressivement la période de référence des 10 aux 25 meilleures années.
Balladur programme la baisse des pension
Ensuite, pour limiter les augmentations de pension, Balladur inscrit dans la loi un recul considérable. A savoir l'obligation l’indexation des pensions sur l’indice des prix (hors tabac) et le calcul des salaires des années de référence pour déterminer la valeur initiale de la pension également en fonction de la hausse des prix hors tabac. Le commissariat général au plan quantifie ce recul. D’ici 2015, la valeur des pensions basée sur les salaries qui aurait dû croître de 51,2 % n’augmenterait que de 14,5 %.. En 1995, chacun se souvient que les grèves de novembre/ décembre firent que le projet Juppé fut provisoirement abandonné. Les salariés du secteur public qui se battirent conservèrent leur retraite avec 37,5 années de cotisations. Les salariés du privé, qui globalement ne s’étaient pas opposés, au projet passèrent à 40 ans de cotisations. Jospin, lui, poursuivit les allégements de charges aux entreprises et généralisa la CSG aux retraités eux-mêmes. Ce qui représente aujourd'hui 6,2% de leurs pensions. En 2000, il créa "un fonds de réserve pour les retraites" fonctionnant par capitalisation qui était censé compléter les retraites des actifs que les cotisations des actifs ne pourraient plus assurer dans l'avenir. Ce fonds prévu à 152 milliards d'euros (1000 milliards de francs) était ramené, un an plus tard, à 99 milliards d’euros car le gouvernement a trouvé pratique d'y puiser de l'argent pour financer d'autres dépenses de l'État comme l'allocation personnalisée d'autonomie ou les 35 heures. Voilà un petit rappel qui montre bien que toutes les politiques proposées visent à quelques détails techniques prêts à faire payer les salariés et retraités et qu'il n'y ai nullement question d'égalité de droits ou de justice..
Les fonds de pension un vrai marché de dupes :
Mais les détracteurs du système actuel ont leur remède. Il s'agirait d'introduire une petite dose d'assurance par capitalisation. Car pour eux, le système actuel à deux étages, (retraite de base et retraite complémentaire) ne serait plus viable. Mais affirmer que la capitalisation est plus efficace que le système actuel constitue encore un mensonge ! Premièrement, parce que si les salariés ne sont pas en mesure de modifier la situation sociale, d'ici 20 ou 40 ans, la part de la richesse nationale consacrée aux salaires et aux retraites aura encore baissé. Les salariés et retraités seront encore plus mal lotis qu'aujourd'hui et auront encore moins les moyens de cotiser aux assurances par capitalisation. Deuxièmement, parce que la capitalisation mise sur des rendements financiers importants ce qui ne se produit pas toujours comme on a pu le voir récemment aux États-Unis où les économies d'une vie peuvent être perdues en quelques jours. Car il ne faut pas l'oublier, le fonds de pension est, en fait, un système où ce sont les salariés qui prêtent de l'argent à long terme à leur employeur sans même être sûr de se voir rembourser un jour. Troisièmement, parce que le rendement élevé d'un placement financier provient toujours d'une surexploitation des travailleurs et d'un abaissement des coûts salariaux. C'est-à-dire des licenciements, de l'accélération des cadences, et des dégrèvements des charges sociales.
Si pour l'instant, les fonds de pension n'ont pas de droit de cité en France, il est beaucoup question "d'épargne salariale" ou "d'actionnariat salarié" petits rejetons de l'intéressement de 1959 ou de la participation de 1967 ainsi que des P. E. E., plans d'épargne entreprise créés en 1986. Pour les entreprises ces mesures sont intéressantes car les sommes qui y sont consacrées échappent aux cotisations sociales et souvent à l'impôt. Mais les salariés sont loin d’y gagner autant puisque le rapport officiel, dit Baladant/Foucault, remis au gouvernement en 2000, estime que pour un euro d'épargne salariale la protection sociale perd 0,45 EUR et le fisc 0,12 EUR. Plus il y a de l'argent détourné des caisses de retraite plus, il est facile ensuite de prévoir leur faillite et d'exiger la mise en place de fonds de pension qui achèveront de mettre à genoux les retraites par répartition. Car les 1000 milliards de francs que représentent les retraites des salariés du secteur privé ne laissent pas insensibles les boursicoteurs de tout poil.
Ne pas se laisser abuser
Pour les salariés et retraités, la seule solution raisonnable, c'est d'empêcher que cet argent soit à la merci des aléas des marchés financiers, mais c'est aussi de mettre un coup d'arrêt à l'offensive gouvernementale et patronale sur les retraites. Il faut imposer : · le retour aux 37,5 années de cotisation dans le privé · l'indexation de toutes les retraites, de base et complémentaire, sur l'évolution des salaires, l'augmentation générale des salaires · le plein-emploi, pour que la part des salariés dans la richesse nationale se trouve au moins au niveau de laquelle elle était il y a 1/4 de siècle !
Les salariés ont tout intérêt à déployer leurs forces pour faire obstacle à ceux qui veulent les dépouiller encore plus. C'est une véritable question de survie. La manifestation du samedi 1er février peut-être et doit-être un premier pas dans ce sens. |
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