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Texte de l'intervention CGT sur les retraites au cours de l'assemblée générale du personnel du 2 juin |
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Bonjour,
Alors que les régimes de retraite sont actuellement excédentaires, et que le montant des pensions est loin d’être suffisant pour mener une vie décente à bien des retraités, le gouvernement, a décidé de faire main basse sur l'argent de nos pensions futures tout en se présentant comme le sauveur des retraites et le représentant de la justice sociale.
Volontairement, pour limiter la durée de notre intervention, nous n’aborderons pas, ici, la situation des salariés du secteur public et des smicards du secteur privé, bien qu’il y ait fort à dire.
Les premières mesures annoncées par le gouvernement montrent que la réforme envisagée est une attaque en règle contre tous les salariés, ceux du public comme ceux du privé.
Cette réforme est entièrement au service du patronat, car le soi-disant problème du financement des retraites n’est que la transposition dans le domaine particulier des cotisations sociales de sa politique de réduction des coûts que ce gouvernement veut appuyer.
Les premières annonces Le projet Fillon qui veut que l’on cotise plus longtemps pour toucher moins est pour les salariés une régression considérable plutôt qu’un sauvetage. Dès à présent, on nous annonce un allongement échelonné de la durée de cotisation à 41 ans, puis 42 ans voire peut-être plus car le MEDEF parle déjà de 45 ans.
Quant au montant des pensions ; c'est une perte moyenne de 12 % qui est programmée puisque de 78 % du salaire de référence aujourd’hui celle-ci passerait à 66 %.
Et il faut bien noter que le salaire de référence n’est pas le dernier salaire perçu avant le départ en retraite mais un salaire fictif reconstitué à la baisse depuis les mesures Balladur de 1993.
D’une part, parce qu’il est calculé sur les 25 meilleures années et non plus les 10 meilleures. Et qu’il est plus difficile d’avoir un salaire de haut niveau durant 25 ans que durant 10 surtout compte tenu du chômage et les licenciements à tout va.
D’autre part, parce que la revalorisation de ce salaire reconstitué ne se fait plus en tenant compte de la hausse des salaires mais uniquement de la hausse des prix, hors tabac. Ce qui aboutit à une revalorisation à la baisse. Ainsi les pensions qui auraient du augmenter d'ici 2015, de 51,2% n’augmenteront que de 14,5%. Soit près de 200 milliards d’économie à l’horizon 2010 dont les 2/3 grâce à l’indexation des salaires sur les prix.
L’incidence est claire : Avec un salaire de référence de 1.200 euros (8000 F), c’est à dire largement inférieur au dernier salaire perçu, plus de la moitié des salariés du privé toucheront une pension inférieure au SMIC net 810 euros (5300F) .
Un exemple chiffré Pour résumer, prenons l’exemple d’un salarié partant en retraite à 60 ans avec 40 annuités de cotisation pour lequel le salaire net est de 1400 euros. Hier; en 1990, sa pension représentait 88% du salaire net. Aujourd’hui; en 2003, la pension ne représente plus que 81%. Demain; en 2008, elle ne sera plus que de 79%. Et après demain, plus que 60,9%. Ce qui représente une perte estimée par rapport à aujourd’hui d’environ 250 euros.
La conséquence est évidente : Afin de ne pas avoir une retraite amputée, beaucoup de salariés n’auront d’autre moyen que de travailler au-delà de 60 ans, s’ils ne sont pas transformés en chômeurs âgés d’ici là.
Car contrairement à ce qu'affirme le gouvernement, ce n'est pas parce que la durée de cotisation augmenterait que celle du travail suivra. Il n'y a qu'à juger d'après l'expérience. Qui a vu que les employeurs gardaient plus longtemps les salariés âgés depuis 1995, date à laquelle s'est opéré le passage de 37,5 années de cotisations à 40 années ?
Le ministre a beau proclamé la liberté pour ceux qui le veulent de travailler un peu plus de le faire et de choisir leur date de départ à la retraite, ce ne sont pas les beaux discours qui infléchissent les politiques d'emploi des entreprises. Non, cette réforme c'est la fin de la retraite à 60 ans à taux plein. .
Le faux prétexte de la démographie
Pour justifier sa réforme, bien qu’il ne sache même pas prévoir sérieusement dans quel état sera l’économie dans un an, le gouvernement s’appuie sur l’évolution de la démographie.
A l’en croire, l’augmentation relative des retraités par rapport aux actifs (4 retraités pour 10 actifs aujourd’hui, 7 estimés pour 10 en 2040) ajoutée à la hausse de l’espérance de vie (22 ans, aujourd’hui, après 60 ans, 28 ans estimés en 2040) seraient de nature à diminuer le montant de nos pensions de moitié en 2020.
Oui, c'est un fait, on vit de plus en plus vieux (même si cela varie selon que l’on soit ouvrier sur chaîne ou cadre). Mais quoi de plus normal ! N’est-ce pas cela justement le progrès social ?
Et, soi dit en passant, c’est bien la recherche de cet allongement de la durée de vie, à l’aide de l’imagerie médicale par exemple, qui permet à des entreprise comme GEMS de prospérer.
Le recours à ces projections démographiques n’a qu’un seul but : donner un vernis d’authenticité aux attaques contre la retraite pour distiller l'inquiétude parmi les salariés afin de nous faire accepter des sacrifices.
Car si l'évolution du montant des pensions de retraites était le reflet de l'évolution démographique, le gouvernement devrait nous expliquer pourquoi c’est l’inverse de ce qu’il prédit qui s’est produit jusqu’à nos jours. Il devrait nous expliquer pourquoi en 1960, les pensions étaient si minables que les vieux travailleurs étaient officiellement qualifiés "d'économiquement faibles" alors qu’il y avait 1 retraité pour 4 actifs, soit le 2 fois moins d'aujourd'hui.
Mais reconnaître cela, ce serait affirmer que ce sont les augmentations salaires et de la modification des règles de calcul en faveur des salariés qui ont rendu possibles l’amélioration des conditions de vies des retraités. Et ça, le gouvernement ne le veut pas.
Car le problème des retraites est avant tout un problème économique donc un problème social avant d’être un problème arithmétique. Car le poids des retraites sur les actifs dépend avant tout de la situation des actifs. Ont-ils du travail ? Sont-ils chômeurs ? Ont-ils des salaires qui leur permettent de payer de bonnes retraites ou pas ? Telles sont les vraies questions !
Un calcul social
D’ailleurs, il faut rappeler que le coût prévisionnel lié à l'augmentation du nombre des retraités par rapport aux actifs dans les 40 prochaines années n’a rien de dramatique puisqu’il est estimé à 4 ou 6 % du PIB, (le Produit Intérieur Brut : l'indicateur de l'ensemble des richesses produites dans ce pays).
Ainsi, ce coût prévisionnel ne représentera que la moitié de ce qu'il a augmenté au cours de ces 50 dernières années.
Un passage de 4 à 7 retraités pour 10 actifs entre aujourd’hui et 2040 comme l’annonce le gouvernement représente une augmentation de 75% du nombre des retraités. Si l'on considère que la production et la productivité augmentent de 2% en moyenne par an, dans 40 ans, un actif produira 80% de richesse en plus qu’aujourd’hui. Ce qui signifie que les richesses nouvelles crées sont susceptibles de couvrir entièrement le coût, pour utiliser ce terme, de l’augmentation du nombre de retraités.
Et si nous avons pris 2% de croissance, c’est qu’il s’agit de la valeur moyenne observée ces dernières années qui est justement la valeur moyenne située entre l’hypothèse basse (1%) et l’hypothèse haute (2,5%) retenue par le gouvernement pour les années à venir.
Cette simple projection montre qu’on est bien loin de la vision dramatique qui nous est régulièrement servie.
Une autre illustration parlante de l’effet possible des gains de productivité nous est donnée, dans un autre domaine. Le nombre d’agriculteurs a chuté d’un tiers entre 1950 et 1999, alors que la population française augmentait de 50% depuis la guerre. Si l'on suit l'argumentation développée par le gouvernement, nous aurions dû tous mourir de faim à cause de la disette alors que la France n’a pas connu la moindre crise alimentaire, bien au contraire, puisqu’elle exporte massivement aujourd’hui.
La vraie question, et la seule, est de savoir à qui profiteront ces nouvelles richesses produites et ces gains de productivité. Car pour les retraites, comme pour les salaires ou tout autre problème économique, ce qui est primordial c’est la manière dont s’effectue le partage entre le patronat et les salariés.
Les salariés s’ils veulent en profiter n’ont d’autre choix que de modifier, en leur faveur, la situation sociale et le rapport de force actuels.
Car la vérité, c’est que le financement des retraites est devenu un problème parce que le patronat entend être le seul, dans les années à venir, à profiter de l'augmentation de la productivité et du revenu national. Depuis des années il réduit la part des salaires dans la valeur ajoutée alors que parallèlement les profits explosent. En 1980, la part des salaires dans la valeur ajoutée, autrement dit dans les richesses créées, était de 69 %. Aujourd'hui, elle n'est plus que de 59 %. 10% de moins en 20 ans.
Et c'est pour poursuivre dans ce sens que le patronat et les gouvernements successifs n’envisagent que des mesures où seuls les salariés sont impliqués. Que ce soit l'allongement de la durée des cotisations, le retour à l'âge de la retraite à 65 ans voire pire, et la diminution du montant des pensions.
Le patronat doit payer
Le vrai moyen de renflouer les caisses de retraite, s'il en était besoin, ou dit d’une autre façon de rendre les caisses encore plus excédentaires qu’aujourd’hui serait tout d'abord d’en augmenter les rentrées financières en augmentant les salaires afin de générer plus de recettes dues aux cotisations sociales des salariés et des employeurs et parallèlement maintenir et développer l’emploi, notamment en interdisant les licenciements dans les entreprises qui font des bénéfices, et en supprimant la précarité. Car un million d’emplois créés c’est 20 milliards d’euros de cotisations en plus.
Ce serait aussi faire en sorte que la Sécurité Sociale cesse de servir de vache à lait pour l'Etat qui y puise de quoi payer des prestations qui devraient être à sa charge.
Mais cela serait aussi de mettre fin immédiatement aux dégrèvements d'impôt, aux subventions directes ou exonérations de charges patronales qui, à elle seule, ont coûté 20 milliards d'euros en 2001.
A titre d’exemple, alors que Fillon dit manquer de 6 milliards d’euros pour le régime général des retraites et de 14 milliards qu’il cherche à prendre dans la poche des travailleurs de la Fonction publique, le gouvernement va, à l’occasion de la prochaine augmentation du SMIC, exonérer les entreprises de 7 milliards d’euros pour le fisc et de 19 milliards en allégement de charge d’ici 2005.
Un autre exemple : Pour nous faire peur, le gouvernement annonce qu’en 2020, le « trou » dans les caisses de retraite avoisinerait 30 à 40 milliards d’euros annuels. Mais il tait le fait que chaque année, le total des subventions versées aux entreprises par l’Etat se montent à 46 milliards d’euros dont 15 milliards d’euros, rien qu’en allègement des charges patronales.
La capitalisation Le patronat veut se désengager de plus en plus du financement des retraites. Avant la crise, la protection sociale était financée à la hauteur de 80 % par le patronat et 20 % par les cotisations des salariés. Dans les années 90, la part patronale est tombée à 60 % et celle des salariés et monter à 40 %. Et c’est pour compenser ce désengagement qu’on nous explique que nous aurons la liberté d'améliorer le montant de notre retraite en constituant une épargne individuelle qui viendra compléter la retraite par répartition. Drôle de liberté, lorsqu’il s'agit uniquement de tenter de compenser ce qui nous aura été volé et une liberté seulement permise à ceux qui en auront les moyens. Mais le plus grave, c’est que la capitalisation n’est pas plus efficace que le système actuel contrairement à ce qu’ils prétendent. Parce que si les salariés ne sont pas en mesure d'imposer des mesures qui leur soient favorables, d'ici 20 ou 40 ans, la part de la richesse nationale consacrée aux salaires et aux retraites aura encore baissé. Ils seront encore plus mal lotis qu'aujourd'hui et auront encore moins les moyens de cotiser aux assurances par capitalisation. Parce que la capitalisation mise sur des rendements financiers importants qui ne sont pas toujours au rendez-vous. Car dans le fonds de pension ce sont les salariés qui prêtent de l'argent à long terme à leur employeur sans même avoir la certitude de se voir rembourser un jour puisque transformé en actions de l'entreprise, cet argent placé sur les marchés financiers ne voudra peut-être plus rien lorsque le salarié sera en mesure d’en disposer (ou avant comme on l’a vu il y a quelques mois aux USA) Parce que le rendement élevé d'un placement financier provient toujours d’une surexploitation des salariés et d'un abaissement des coûts salariaux. C'est-à-dire des licenciements, de l'accélération des cadences, et des dégrèvements des charges sociales. Parce que si l'inflation devient forte, les sommes épargnées risquent de ne plus rien valoir lorsqu'elles seront redistribuées. C'est d'ailleurs ce qui s'est produit pour certains régimes avant la seconde guerre mondiale.
Les 152 milliards d'euros (1000 milliards de francs) de nos retraites, c’est cela qu’ils veulent !
Plus il y a de l'argent détourné des caisses de retraite plus, il est facile ensuite de prévoir leur faillite et d'exiger la mise en place de fonds de pension qui achèveront de mettre à genoux les retraites par répartition.
Car si cette réforme est guidée par la volonté du patronat de diminuer au maximum ce qu'elles lui coûtent, elle est mise en place aussi pour lui permettre, à plus ou moins long terme, de s'approprier les 152 milliards (1000 milliards de francs) qu'elles représentent.
Pour les salariés et retraités, la seule solution raisonnable, c'est d'empêcher que cet argent soit à la merci des aléas des marchés financiers, mais c'est aussi de mettre un coup d'arrêt à l'offensive gouvernementale et patronale sur les retraites en imposant le droit à la retrait à 60 ans à taux plein, le retour aux 37,5 années de cotisation dans le privé, l'abrogation des mesures Balladur et Fillon.
L’heure est à la riposte
Nous avons donc tout intérêt à déployer nos forces pour faire obstacle à ceux qui veulent nous dépouiller encore plus.
Le gouvernement a engagé une épreuve de force. L'enjeu n'est pas seulement la question des retraites, encore qu'un recul sur ce terrain représenterait une régression importante.
Après les retraites, l'assurance maladie est menacée. Là aussi, il s'agirait de faire cotiser plus les salariés pour moins de soins et moins de médicaments remboursés.
Alors, c'est le moment de s'opposer à cette offensive générale. Il faut que les actions continuent et s'élargissent. Il faut se saisir de toutes les occasions, comme ce fût le cas pour le 13 et 25 mai et comme cela sera le cas demain, mardi 3 juin, pour amplifier le mouvement.
En 1995; les grèves des salariés du public ont forcé le gouvernement à ne rien toucher. C’est cela qu’il faut recommencer et nous devons tout faire pour que cela soit à nouveau un succès.
Rien n'est joué, et nous devons faire battre en retraite les initiateurs du plan Fillon afin d'assurer la notre.
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