Le
4 mars 2004
La "plus belle entreprise du monde" a besoin de former elle-même, et à son image,
ses hauts cadres de demain.
Elle les recrute à la sortie des grandes écoles, leur fait miroiter un avenir mirobolant,
et les fait trimer pendant deux ans pour pas cher.
Le règne de l’arbitraire
Nous avons tous entendu parler des programmes de " Management " ou de Leadership de GEMS car certains de nos collègues en fontpartie. FMP (Finance Management Program), HRLP (Human Resources Management Program), IMLP (Information Management LeadershipProgram), TSLP (Technical Sales Leadership Program).
Ce qui se cache derrière ces programmes est loin d’être aussi idyllique que la direction voudrait nous le faire croire.
Sous couvert de former une "élite", la direction presse ces jeunes diplômés, embauchés en CDI, comme des citrons. Au cours des deux ansque dure le programme, ils sont suivis de près au sein d’une structure très hiérarchisée. Ils doivent effectuer quatre rotations de six moisdans des pays différents et, à chaque fois, mener à bien un projet et passer un examen avec une note supérieure à 85 sur 100 !
Pour réussir cet ambitieux "challenge", leur hiérarchie leur fait comprendre qu’ils ont tout intérêt à renoncer à une partie de leurs vacances,
à venir travailler le week-end, car la barre est très haute et la concurrence, impitoyable.
Pour les FMP, par exemple, si malgré ses efforts, un membre du programme obtient des notes inférieures à 85 sur 100, il aura droit à une
seconde chance. Si ses notes ne s'améliorent pas, c’est pour lui la fin du programme et le début des pressions pour le faire partir.
Nous connaissons les méthodes que nos ressources " humaines " emploient dans ce cas : pressions, menaces, ultimatums éventuellement,
en vue de faire signer une rupture de contrat amiable voire procéder à un licenciement. Le marché est le suivant : " si tu signes, tu as une
chance de retrouver un poste dans un autre business GE, sinon, tu es grillé partout y compris hors GE. " Et quand ce chantage ne
fonctionne pas, c’est le spectre du licenciement pour insuffisance professionnelle qui est agité et mis en œuvre, quoi qu’il arrive.
Heureusement, de plus en plus de cadres rompent la loi du silence, refusent l’arbitraire et les conditions de travail " marche ou crève ".Certains rejetant l'isolement, n’hésitent plus à contacter les syndicats et parfois à se pourvoir en justice. C’est grâce à leurs témoignages que
nous sommes en mesure de dénoncer, à notre tour, ces pratiques tout à fait illégales.
Les cadres se rebiffent
Ainsi, le 20 octobre dernier, le tribunal des prud'hommes de Versailles a donné raison à Julian I, cadre supérieur au Marketing Médecine
Nucléaire, et a condamné GEMS à lui verser la somme de 165 382 euro pour licenciement sans cause réelle et sérieuse. GEMS n’a pas
souhaité faire appel de cette décision
Il y a quelques semaines, la direction, avant le passage en conciliation ( 1ère phase d'une procédure prud’homale) sentant
vraisemblablement son dossier mal engagé, a proposé à Catherine H., ex responsable de la sécurité informatique, huit mois de salaire, afin
qu’elle accepte d’étouffer son affaire, son poste étant particulièrement sensible.
Nathalie V. jeune cadre qui, à son retour de maternité, avait refusé de continuer à subir les horaires abusifs imposés par son chef Loïc
Gaulhet, et s’était syndiquée, a été licenciée pour insuffisance professionnelle. Elle poursuit GEMS pour discrimination, harcèlement
professionnel et licenciement sans cause réelle et sérieuse. Ce n’est pas tant l’argent qu’elle pourrait gagner qui la motive, mais l’injustice
qui lui a été faite, et à ce titre, elle réclame sa réintégration.
Enfin tout récemment, Coralie L, membre du programme FMP, notée " seulement " 80 sur 100 a subi toutes les pressions décrites ci-dessus
de la part des Ressources Humaines, pour signer une démission. Devant sa détermination à ne pas se laisser faire, la direction l’a
convoquée à un entretien préalable en vue de licenciement, puis est revenue sur sa décision et lui a offert un poste … pour enfin changer
d’avis une nouvelle fois le lendemain, et la licencier finalement. Coralie fait partie, elle aussi, de ces jeunes cadres qui ne sont pas prêts à
tout accepter pour faire carrière.
D’autres dossiers sont en cours, concernant en particulier des membres des programmes de Management, dont nous pourrons parler
prochainement.
Tous ces salariés ont raison. Personne ne perd ses droits et sa dignité en franchissant le poste de garde chaque matin.
Seul l'isolement, la résignation, voire l'indifférence permettent à ces méthodes néfastes de prospérer. L’inspecteur du travail et le tribunal
des prud’hommes de Versailles sont maintenant bien au courant de ces pratiques sordides. Bien sûr, les tribunaux n'interviennent que
lorsque le mal est fait. Ce qu'il faut c'est que, tous, quels que soient notre statut, notre âge, notre sexe, notre situation de famille ou notre
origine, nous soyons en mesure de prévenir les mauvais coups dont nous pourrions, un jour ou l'autre être victime. Nous devons par
avance refuser l'isolement, c'est un simple principe de précaution individuel et collectif.